L’art comme meilleure défense contre les difficultés de la vie

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“…Réponds à cette question solennelle par un “je dois” fort et simple, puis construis ta vie en fonction de cette nécessité ; toute ta vie, même à l’heure la plus humble et la plus indifférente, doit devenir un signe et un témoignage de cette impulsion”. – Rilke

Nous sommes, tous, destinés à créer. Nous sommes des créatures, il est donc évident dans le monde qui nous entoure que, comme une araignée tisse une toile, un oiseau construit un nid, les humains sont dotés d’un mandat spirituel et biologique pour faire tourner et construire un monde de beauté et de fonction. La distinction humaine est la capacité de faire des symboles. Le symbolisme est l’art d’investir le monde qui nous entoure de sens en exprimant l’invisible ou l’intangible par une représentation visible ou sensuelle. C’est la définition la plus simple et la moins troublante de l’art et de la créativité. À partir de cette définition, nous en sommes venus à croire et à accepter sans conteste que l’art appartient aux peintres célèbres qui peignent les tableaux, écrivent les mots et moulent l’argile, dans ces représentations de l’intangible et de l’invisible. L’art a donc été divisé entre ceux qui le font et ceux qui ne le font pas.

La réintégration de l’art dans chacune de nos vies, à la fois dans notre capacité à le recevoir et à le recréer, consiste à retrouver un sens à notre vie. La créativité est, comme l’évolution, comme toute croissance et tout changement, une force irrépressible dans la nature. Jusqu’à présent, seuls les humains ont tenté de se détourner de cet appel, et on peut affirmer que c’est ce détournement qui est la cause de tant de nos douleurs, de nos souffrances et de nos désirs. Cette souffrance, cependant, est le résultat d’une confusion et d’une mauvaise orientation, et non de circonstances malheureuses.

L’art, tout comme la science, la philosophie et la civilité, est notre meilleure défense contre le poids insupportable de tout ce que nous ignorons. Si nous pouvions répartir ce poids entre nous, artistes citoyens, et proposer une perspective plus inclusive, nous pourrions alléger le formidable fardeau de l’ignorance. Au sens le plus large, l’art est une réponse sous quelque forme que ce soit – une expression de l’amour, de la beauté et de la terreur qui nous est donnée par la générosité visible de la nature – qui nous tire plus loin du bourbier. La créativité est tout ce qui favorise cet esprit intérieur, toute création ou activité qui fait avancer la progression de l’énergie de croissance illimitée qu’est la vie. La reproduction de cet amour et de cette beauté, le baume qui apaise la terreur, ou la libération que procure la reconnaissance de cette terreur, c’est notre tâche, c’est la voie de l’art et de la créativité, une réponse à l’existence.

Que vous soyez pompier, pathologiste, baby-sitter ou banquier, vous devez être un artiste. Cela doit signifier, tout d’abord, la reconnaissance de cela comme votre identité, comme dans “Oh, vous devez être un artiste…” Deuxièmement, must be rend cela impératif. Vous devez répondre à la dignité évoluant de la créature vers un homme plus grand, vers Dieu, et rester sans peur ainsi qu’impressionné par les vastes implications. En relevant ce défi, vous serez reconnu par une lumière dans le regard de ceux que vous rencontrerez, comme extraordinaire.

L’engagement en faveur de la créativité, comme tout autre engagement, deviendra une partie intégrante et nécessaire de notre vie, une fois que nous aurons réalisé que non seulement notre art jaillit et définit le cœur de nos propres identités, mais surtout qu’il est l’expression de ce qui nous dépasse. Ainsi, ce que nous sommes devient un lien avec le monde, et ce que nous faisons de ce lien lui donne un sens et un but. La créativité est le fournisseur de sens.

Nous partons du sentiment qu’il y a quelque chose en nous qui doit agir et s’exprimer. Nous commençons par aller au-delà de la tristesse que nous avons éprouvée en voyant cette chose refoulée, découragée, enterrée. Nous commençons par la personne mince au corps gras, l’être sobre et sain sous la peau du toxicomane, l’amant à l’intérieur de nos cœurs négligés. Nous commençons par l’espoir et le désir de la force créatrice en nous.

La photographie en tant qu’art
Œuvres et biographie de l’artiste Stéphane Gisclard